Culture

Quoi de neuf à la Cité de la Mode? Visite très privée de Chabanel

Publié Wed, 06 Sep 2017 17:46:24 +0000, par Diane Martin-Graser, dans Lifestyle

Les artères angulaires de District-Central AKA Chabanel se renouvellent enfin. Au cours des années 90, le « quartier de la guenille » n’est plus. Les files d’attentes qui se formaient devant les shops de tissus raccourcissent, victimes de la levée des quotas d’importations du textile. Mais les planchers vastes de ces édifices imposants n’ont pas dit leur dernier mot face à cette rupture économique. En effet, les espaces vacants représentent désormais une source accessible pour les entrepreneurs qui veulent grandir, et pour ceux qui y sont toujours restés, malgré la délocalisation manufacturière.

Toit Meilleur

Les formules italiennes

Un trio italien se partage le trottoir de Chabanel sud. D’est en ouest, on commence d’abord la balade culinaire avec le chaleureux Enrico qui nous sert ses pizzas et ses pâtisseries sous la bannière de Dolce & Compagnie. En direction de l’ouest, une belle cantine ensoleillée nous attend. En 1989, les deux associés Salvatore et Dominique ont baptisé le Pasta Bar, connu pour sa variété de plats faits-maison: lasagnes, aubergines au parmesan, manicotti et plus encore…

À la fin des 60’s, une famille italienne décide d’ouvrir son propre espace. La photographie noir et blanc accrochée à 10 pieds du billard témoigne de la généalogie de Paolo (à droite), le gérant actuel du café Gentile. Les habitués savourent trois générations de sandwichs et de salades préparés avec diverses saveurs méditerranéennes. Une autre version du café a ouvert récemment ses portes sur Sainte-Catherine, preuve que la saga familiale a encore du pain sur la planche!

Café Gentile

Nouveau dans le quartier, le restaurant Autour du pot pointe le bout de son nez sur la rue Chabanel. Ce dernier né propose une fusion gourmande entre la cuisine de style bistro et l’épicerie new-yorkaise, avec des aliments de saison.

À tester aussi, le café chic et industriel L’Époque, lové dans les ateliers de la griffe québécoise de maroquinerie et de manteaux Rudsak. Le barista du café, Cédryck Mimault, a sélectionné les meilleurs arômes pour les employés de l’édifice et pour les clients de la marque. Une atmosphère à la fois rock et réconfortante!

Les créateurs à suivre

Parmi les spécialistes de la fourrure, Pacal Labelle s’est fait remarquer par son approche responsable et par son talent qu’il partage avec une clientèle exigeante et une équipe experte en la matière. Du design à la conception, le jeune créateur se base sur la personnalisation de ses manteaux en préservant le savoir-faire de son atelier en interne. Tailleur de formation, Pascal Labelle apprend le métier de la fourrure et de la maroquinerie jusqu’à se lancer en 2005 dans la création de pièces élaborées avec minutie.

Pascal Labelle

Depuis fin 2010, Mélissa Nepton a rejoint le club avec des collections élégantes et confortables pour la femme active. Contaminée par sa mère qui confectionnait des vêtements pour les enfants de sa garderie, Melissa s’est mise au même diapason en allant plus loin. Diplômée de l’École nationale des Arts Décoratifs de Paris, elle ponctue sa vision de la mode avec des imprimés graphiques aux accents fleuris et géométriques. En 2015, sa soeur jumelle Natasha vient la rejoindre comme acheteuse.

Mélissa Nepton Showroom

Pas de doute, le tandem Nepton investit le marché du textile en élargissant sa signature dans 250 points de vente à Canada et une trentaine aux Etats-Unis. Côté montréalais, on peut apprécier ses collections aux adresses comme Anthropologie ou Unicorn.

Voilà trente ans que la Maison Marie Saint-Pierre partage sa vision du luxe confortable et fonctionnel. Celle-ci a pris le goût d’articuler ses collections par une touche organique et architecturale en jonglant avec les textures et les volumes. La visite des ateliers de la Maison confirme le désir de la créatrice de sortir du rang. Marqué par une indépendance innovante, le vêtement a beau être sophistiqué, on peut le porter avec aisance, comme une seconde peau.

Marie St Pierre

Être passionné et patient demeurent les mots d’ordre de la créatrice qui partage un amour sans limite pour la matière efficiente. Ses tentatives ont payé, tout comme celle de Mélissa et Pascal qui maintiennent une percée remarquable dans la mode montréalaise. Impulsée par le Conseil des créateurs de mode du Québec (CCMQ), l’industrie du textile haut-de-gamme a de beaux jours devant elle.

Manteau Marie St Pierre

Pourquoi on aime s’y installer : les nouveaux entrepreneurs

Sous l’impulsion financière de la ville de Montréal, District-Central suscite l’intérêt des personnalités d’affaires en quête d’espaces disponibles et offre moins de restrictions budgétaires à ceux qui ont choisi de s’y aventurer. Quatre passionnés d’escalade ont su flairer le bon coin en installant une centaine de sections de bloc dans 20 000 p2 et 18 pieds de hauteur. C’est dans une atmosphère décontractée que les grimpeurs du Bloc Shop ont la possibilité de travailler leur puissance avec cette méthode divertissante de mise en forme.

Bloc Shop salle

Destinée à tous les niveaux (V0 à V12), cette salle offre un cadre stimulant avec bien sûr un espace de repos, une table de baby-foot et un coin pour se rassasier. Le vendredi soir, tout est permis ! C’est au rythme du DJ que les sportifs améliorent leur technique.

Bloc Shop

Ce dédale d’espace témoigne du prix compétitif des bureaux et la preuve en est avec les Fermes Lufa qui proposent une alternative au mode de consommation alimentaire. Au dessus de nos têtes, difficile d’imaginer un jardin de 31 000 pieds carrés recouvert d’une cloche de verre. Le président de cette plateforme hydroponique, Mohammed Hage visait juste lorsqu’il a décidé de nourrir Montréal en consommant moins d’énergie et moins d’essence pour le transport des légumes.

Fermes Lufa

Chabanel renaît de ses cendres. Les initiatives estivales offertes par le Bunkr sont une première dans ce quartier d’Ahuntsic. Matérialisé par des containers aménagés et des performances artistiques, ce lieu de rencontre éphémère ouvert à tous, symbolise un nouveau départ sur ce terrain immense où jadis, une ancienne manufacture de munitions menait la vie dure aux ouvrières.

En collaboration avec Station 16 Gallery, le lieu propose aux résidents et aux entreprises des performances musicales, des ateliers thématiques, des activités sportives et des expositions d’oeuvres d’art. Au fil de l’été, les professionnels et les entrepreneurs sont invités à partager leur expertise et à parler de leurs réalisations afin de mettre en avant les innovations et la créativité locale.

BunkR Chabanel

Avec ces événements corporatifs (BunkR) et des appels du pied faits à la Ville de Montréal, diverses instances (PME MTL Centre-Ouest, Mairie d’Ahuntsic-Cartierville et SDC District-Central) tentent de favoriser la mutation de la rue Chabanel en y mettant un coup de projecteur.

Depuis un an, Amélie Morency, présidente de The Foodroom, démocratise l’entrepreunariat alimentaire avec son espace de coworking culinaire. Une vingtaine de postes de cuisine toute équipée sont à la disposition de ceux qui veulent lancer leur marque ou leur service traiteur. À travers cette démarche, Amélie souhaite optimiser la production de ses clients et créer une synergie entre professionnels de la marmite!

The Foodroom

Dans cette mouvance, il y a aussi Paul Lizzi, le fondateur de Lemonade qui initie également l’interaction entre entrepreneurs avec un lieu de travail ouvert sur 5000 p2. En se rapprochant de partenaires novateurs et influents, Paul souhaite faire de cet espace de coworking, une pôle de réseautage qui ancre le quartier dans le bouillonnement montréalais.

Paul Lizzi Lemonade

Bonus : les destinations gourmandes d’Ahuntsic

À une station plus haut (Métro Sauvé), une infinité de bonnes adresses gastronomiques défilent sur la rue Fleury. On va redécouvrir Paris via Le Petit Flore qui fait écho au célèbre café fréquenté par les Existentialistes français. Pas de doute sur le menu Bistro, l’alliage gourmand des fromages et des viandes nous met les pieds boulevard Saint-Germain.

Depuis cinq ans, le profil de la promenade Fleury ouest est une invitation aux plaisirs culinaires avec Le Saint-Urbain qui propose une cuisine du terroir – issue de ses propres récoltes de légumes. L’ardoise des Cavistes nous fait également de l’œil avec ses spéciaux saisonniers et ses vins importés. Et si une curiosité pour l’œnologie vous prend comme une envie soudaine, il est possible de suivre les ateliers de dégustation et les apéros-cépages animés par les sommeliers du restaurant. Le cadre est aussi agréable que la chef des lieux, investit pour son équipe et sa clientèle.

Les Cavistes

A quelques mètres, le Chien Rose propose une cuisine thématique qui change tous les mois. Les recettes originales de tapas nous mettent l’eau à la bouche et à un prix abordable. Et pour les amateurs de cafés torréfiés, il y a le Brûloir, fidèle au poste. L’artisan boulanger nous laisse déguster ses bouchées artisanales et les pizzas « faites maison ». Ce petit coin de tranquillité demeure idéal pour lire son journal et apprécier l’arôme des grains Arabicas.

Le Brûloir

Crédits photographiques: Diane Martin-Graser; Les Fermes Lufa/Lufa Farms; The Foodroom.



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