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Bars à cocktails montréalais : tous les interdits en cinq adresses

Publié Thu, 26 Jan 2017 16:57:01 +0000, par Diane Martin-Graser, dans Food

A l’époque où le divertissement se substituait aux années de guerre, les mutations artistiques et économiques ont plongé le monde dans l’insouciance des années folles. On boit, on fume, on se déhanche sur du swing après avoir clôt le chapitre du conflit mondial. Le 17 janvier 1920, on voit apparaître l’entrée en vigueur du XVIIIème amendement qui contraindra l’Amérique à faire face à des bouleversements sociaux.

Les décors feutrés des bars Speakeasy montréalais font écho à cette époque paradoxale où l’alcool était au centre de l’attention. La Prohibition américaine des années 20 a mis en place bien malgré elle, une économie lucrative contrôlée par les voyous tout en générant par la suite, une part de fantasmes liés aux interdits. Aujourd’hui sont apparus les bars « clandestins », tendance que l’on voit fleurir depuis quelques années déjà, à la fois divertissants et témoins d’une période qui nous semble bien révolue. Dissimulées ou non, on vous invite à en pousser les portes et à vous encanailler en cinq nuances.

Le Bord’elle – Vieux-Montréal

A la sortie des bureaux de Square Victoria, une enseigne au nom provocateur attire notre attention: le Bord’elle. Loin de lui l’idée de s’apparenter aux salons de massages, ce grand salon de 4500 pieds carrés offre un spectacle grandiose pour nos yeux. Anonymus Concepts a scénographié habilement l’espace de style art déco. Le mobilier à géométrie variable habille trois bars dont la thématique de cocktails varie. Pour apprécier le Gin artisanal, il y a au rez-de chaussée, le « Grand foyer » qui tient une place centrale et permet d’avoir une vision d’ensemble. Comme son nom l’indique, le « Whiskey Parlor » va ravir les amateurs de Bourbon avec son Old Fashion au zeste d’orange. Et le meilleur pour la fin: les bulles issues de la marque champenoise Moët & Chandon se lovent parfaitement contre les agrumes et le Cointreau dans le MTL75. A tester!!

Le Bord'elle

C’est dans cet esprit que les co-partenaires du Bord’elle veulent développer des animations personnalisées à base de shows burlesques. Le décor engagé et l’animation du club rendent hommage à cette époque festive qui s’est opposée aux restrictions du Volstead Act sur le continent américain.

Retour dans l’Histoire des Speakeasy

La période de la prohibition a touché un large spectre d’acteurs économiques puisque la production, la distribution et la vente d’alcool sont défendues jusqu’en 1933. Ses mesures, soutenues parallèlement par les femmes et par l’Église, ont été prises dans le but de combattre le fléau de l’alcoolisme. Cette loi radicale a ouvert la porte à une corruption policière alimentée par un bon nombre de bootleggers (contrebandiers). Les gangsters ont vu cette situation comme une perspective très lucrative en maîtrisant le trafic d’alcool.

Ce qui s’avérait être une décision judicieuse pour faire reculer la mortalité n’a entraîné qu’une augmentation des empoisonnements et des troubles neurologiques à cause de l’alcool frelaté. Ces lois, trop restrictives n’ont cependant pas touché Montréal. Le Québec s’est exprimé en faveur d’une tolérance raisonnable et créera la Commission des liqueurs du Québec en 1921.

La prohibition n’a pas empêché les tenanciers de bars a redoubler d’imagination pour faire survivre illégalement leur commerce. Appelés communément Speakeasy traduit « parler doucement », les bars clandestins voient le jour et ont affaire à une clientèle de toute classe sociale confondue. Les clients étaient maintenus de conserver une voix basse pour ne pas attirer l’attention des autorités.

Largement repris dans le monde entier, ces bars à thème charment aujourd’hui les plus aventureux. Une louche de curiosité et une once de témérité permettront aux montréalais de vivre l’expérience dès 2012 avec l’initiateur Big In Japan. Oserez-vous faire de même?

Le Speakeasy – Cité du Multimédia

Faisant office de cantine sur la rue Mc Gill, le Speakeasy joue un double jeu. C’est d’ailleurs son nom qui donne le ton. Rôtisserie le jour et repère de gentlemen le soir, le restaurant a suivi la tendance des bars dits clandestins, de l’époque de la prohibition. Dans une première version, le Speakeasy avait l’allure d’une sandwicherie mais depuis peu, nous avons accès à un menu plus élaboré à base de poulet rôti et de canard. En prêtant plus d’attention au lieu, nous pouvons voir le personnel s’affairer auprès d’une porte de chambre froide. A partir de 17h, celle-ci laisse place à une seconde salle tout droit sorti de l’univers d’Al Capone.

Speackeasy

La lumière rouge située au dessus de la porte du frigo indique aux clients que le restaurant est ouvert. Les deux co-propriétaires Nicolas Delrieu et Cédric St-Onge (ci-dessus) ont imaginé un décor rétro, avec une compilation de photographies du gangsterisme, des serveurs élégants et une taxidermie d’origine africaine. Sous le regard de la collection de trophées, nous pouvons nous adonner à la dégustation du cocktail phare le Speakeasy et ses deux interprétations. La première version assemble le rhum ambré Brugal XV, l’Amaro et du Bitters à l’orange. La deuxième est semblable à l’exception du rhum Brugal 1888 Gran Reserva et de l’ajout de Bitters Peychaud’s.

Le restaurant nous avise d’accompagner ces délicieux breuvages par des recettes imaginées par le chef Ashran. Celui-ci combine parfaitement les gnocchis avec les escargots ou l’excellente pieuvre rôtie dans sa sauce saké/citron garnie de patates douces en frites.

Le Atwater Cocktail Club – Saint-Henri

Au coin d’Atwater et de Notre-Dame Ouest, une entrée sans enseigne…juste une allée ordinaire et un escalier de fer. Depuis juillet dernier, l’ouverture du Atwater Cocktail Club  apporte une alternative plus confidentielle au restaurant le Foiegwa. Après avoir passé le boudoir, c’est un écrin glamour d’inspiration parisienne qui apparaît devant nos yeux. Le cadre intimiste est sublimé par les banquettes vives et une végétation luxuriante reflétées par les miroirs du plafond.

Atwater Cocktail Club

Les 450 références d’alcools, les 16 cocktails signature et la création sur demande donnent une idée du professionnalisme des bartenders. Côté créatif, nos préférences iront vers le Truffle Maker à base de Bourbon, liqueur d’artichaut, de sirop de vin rouge et de truffe noire. Pour les gourmands qui ne sont pas encore allés au Foiegwa, ils pourront goûter à la variante de son menu sur place.

Le 4e Mur – Quartier Latin

Dans un registre comparable, le 4e Mur se camoufle derrière des briques rouges. Seulement une seule sert de clef pour franchir l’intimité de l’établissement. L’expérience commence en haut des marches subtilement éclairées. Nous descendons ensuite dans un décor tamisé où seuls les soupiraux nous relient à la rue St Denis. Été comme hiver, la terrasse est accessible ce qui permet de choisir l’ambiance selon notre humeur. On aime les représentations live de danseuses burlesques ou de groupes de musique qui rythment les soirées.

4emur

Sur la carte des cocktails, notre favori est le Black Panthère à base de Gin Citadelle, de sirop d’eucalyptus et de lime kaffir. On se laisse aussi tenter par le Basil Eden avec le duo Plantation 3 étoiles et Basil Hayden’s, bitters abbots et vanille ainsi que du sirop de lapsang souchong (thé noir).

La Maison Cloackroom – Centre-Ville

Sur de la Montagne, la Maison Cloackroom offre ses services en trois volets: tailleur, barbier et bar. Le point commun? Le travail sur mesure. Ce trio chic demeure dans une bâtisse du XIXème siècle en communion avec la beauté des résidences bourgeoises du Quartier des Musées. La discrétion semble le mot d’ordre puisque pour goûter à l’art de la mixologie, il faut pousser plusieurs portes puis traverser un couloir obscur décoré de portraits photos.

Cloakroom

Ce qu’on apprécie, c’est le nombre de places limitées qui nous donne une sensation d’invité VIP. Tout comme le travail du tailleur, certains cocktails sont personnalisés et d’autres nous rappellent les recettes centenaires des établissements d’autrefois. Primé à deux reprises, Andrew Whibley vous concocte son mélange Riviera, spécialement créé lors d’une compétition. La dernière touche luxe dans la préparation des cocktails, c’est les glaçons concassés à la main, un détail à ne pas négliger!

Et pour diversifier votre expérience, voici des adresses supplémentaires de Speakeasy: l’intimiste Big In Japan, le discret Coldroom, l’inattendu Mal Nécessaire et le mystérieux Henden (à venir) au sous-sol du Bird Bar.

Crédits photos: Diane Martin-Graser; Mat de Rome; Maison Cloackroom.



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